Carton rouge pour le coeur de Lucille!

Publié le 17 Nov 2017 à 19h02

Elle venait d’avoir 20 ans, un âge où l’on vit sa vie à 3000 % : les études, le sport, les copains, les copines, les sorties. Comme elle le dit : «Tout se passait bien pour elle » Épanouie dans sa vie, pleine d’énergie, grande joueuse et surtout passionnée de foot son coeur à prit un carton rouge, voici sa bouleversante histoire qu'elle me confie pour LES MAUX DE SAB...

  C'était une semaine après mon anniversaire en Octobre, c'était un lundi. J'occupais mon poste de travail (je suis apprentie préparatrice en pharmacie) et j'entamais ma deuxième et dernière année. J'ai été prise d'une forte pression intra crânienne, une douleur dans la poitrine, une sensation de bleu dans la nuque. Tout ressemblait à un AVC (Accident Vasculaire Cérébral).  Mon papa en avait déjà fait 3: à l’âge de 37, 38 et 39 ans.Ma tension dépassait les 20 sans aucun problème. Je me sentais comateuse. J'ai attendu, pensant à une forte fatigue et un bon stress. Trois semaines passent avant d'être emmenée en urgence à l'hôpital principal de Nancy, c’était un vendredi. Ils m'y font tout un tas d'examens puis vers deux heures du matin, ils me renvoient chez moi en me disant ne pas avoir le dispositif nécessaire pour me soigner, que le problème semblait plus profond et qu’aucun médecin était sur place. Ils m’ont conseillé de consulter mon médecin traitant le lundi. Chose faite, je consulte, et celle-ci me dirige vers un cardiologue que je consulterais le mercredi suivant. Je me rends à ce rendez-vous, elle distingue une bradycardie (trouble du rythme cardiaque, rythme cardiaque trop bas par rapport à la normale). Elle me propose une hospitalisation le lundi suivant pour des examens complets.

La journée se termine, je pars donc à mon entrainement de foot.Mon papa me demande de rentrer chez moi par appel téléphonique. Mon médecin avait eu les résultats et voulait un retour aux urgences d'un autre hôpital. A mon arrivée, je suis prise en charge très rapidement, une dizaine de minutes passent, je discute avec une infirmière puis « trou noir ». Je n'ai rien senti de douloureux, j'ai vu beaucoup de choses, entendu quelques mots avant de me réveiller sans savoir où j'étais. Mes parents et mon petit ami étaient là, en pleurs. On m'explique que j'ai fais un arrêt cardiaque, qu'ils ont dû me réanimer. On venait de me dire que durant près de 5 minutes j'étais morte! Je suis alors transférée en urgence en USIC (unité de soins intensifs cardiaques). Il était 22 heures. A deux reprises dans la nuit, les médecins m'injectent un produit directement dans le coeur à travers l'abdomen car je bradicardais trop bas. A plusieurs reprises, le «bip bip» de l'écran s'activait. A 8 heures, je me réveille entourée d'aides-soignantes, infirmières et deux spécialistes en cardiologie. Ils m'expliquent que j'ai un BAV de type 3 (Bloc Auriculo-Ventriculaire, retards ou déficits de conduction de l’influx entre les oreillettes et les ventricules, le côté droit de mon coeur ne fonctionne plus). Mon père était prévenu que deux heures plus tard, je partais au bloc pour poser un pacemaker. Je n'ai pas pleuré, je ne comprenais juste pas ce qui se passait. L'opération durera 45 minutes. Je me souviens m'être endormie face à une horloge. Mon réveil se fait, j'étais toujours dans la même salle. J'entendais parler, je me demandais où j’étais , il était midi et demi. Mon petit ami était à mes côtés, j'ai vraiment eu de la chance.

 A mon réveil ma première question pour lui a été : est ce que tu veux partir ?

"Par chance il est resté"...

On m’explique ensuite qu'il y a eu plusieurs complications pendant l'opération, au moment du passage des sondes, mon coeur n'a fait que ralentir très fortement. Impossible de poursuivre les manipulations dans ces moments là. Pour me rassurer, il me parle, me raconte des choses et me pose des questions sur ma passion : le foot, cette passion que je ne pourrais plus pratiquer. J'ai alors passé 5 jours en USIC. Le 5 novembre reste dans ma tête comme un anniversaire, on m'a alors dit : « tu commences une nouvelle vie ». Je ne la voyais pas comme ça... J'ai du arrêter mon travail durant 3 mois. L'opération, la rapidité des évènements, les conseils, les choses à ne pas faire et le reste m'ont rendue phobique. J'avais peur de tout, je ne sortais plus, je sursautais pour tout et n'importe quoi…A mon premier contrôle, on m'augmente la puissance de mon pacemaker, car mon coeur se fatigue, deuxième visite de même, j'ai alors perdu l'équivalent de 15 battements par minutes en 5 mois. A mon troisième contrôle il y a un mois on m'a alors parlé d'une nouvelle opération, « une greffe » cette fois ci ! Ils m'expliquent tout mais je reste fixée sur ce mot : GREFFE

J'ai repris le travail 3 mois, avant de faire une rechute. Aujourd’hui, je ne peux plus travailler.

Je suis un sujet complexe, j'ai 20 ans, aucun antécédent cardiaque, je suis sportive, j’ai une bonne hygiène de vie, mais je porte un pacemaker et bientôt le coeur de quelqu'un d'autre. Je n'ai pas réponse à toutes mes questions, je n'ai pas fais les étapes « logiques» (BAV 1 puis 2 avant d'arriver au 3). Je suis bien trop jeune pour être déjà à ce stade. Mon petit ami est toujours à mes côtés. A chacune de mes hospitalisations, il est avec moi, il vit absolument tout avec moi. Je suis beaucoup moins indépendante depuis, alors il a voulu s'installer avec moi pour ne pas me laisser seule au quotidien. Quand tout à commencé notre relation n’avait que deux mois, je suis moi même incapable de regarder et toucher mon pacemaker mais lui y arrive, il s'occupe bien de moi, de la cicatrice et le reste, ça ne le gène pas du tout. Voilà, ma petite histoire personnelle. Je suis la petite guerrière des cardiologues de Nancy. Avoir réussi à vivre aussi longtemps avant GIGI, avec un coeur battant difficilement à 30-35 battements minutes et que mon corps se laisse aller une fois en lieu sur. Très peu de gens connaissent ce genre de défaillance cardiaque, mes proches et amis ne savaient même pas comment cela fonctionnait, à quoi ressemblait une gigi, comment cela était mis dans le corps. J'ai alors eu une photo de gigi avant d'être dans mon bras et une radio pour voir les sondes et gigi à l'intérieur. J'ai mon petit carnet de porteuse et des photos de mon hospitalisation qui m'aide à me rappeler pourquoi gigi est là. J'en oublie souvent le pourquoi. J'ai énormément de mal à accepter sa présence bien qu'elle soit comme une amie.

Aujourd'hui Gigi ( c'est le nom de mon pacemaker ) et moi attendons notre nouvel ami prochainement : un cœur... En attendant on apprend à vivre ensemble.

Je voudrais vraiment que les gens se rendent compte que tout peux aller très vite, peut être même trop vite parfois. C'est important de ne pas prendre une circonstance ou symptôme anormal à la légère. Mon cardiologue a récemment été en sensibilisation dans certains clubs de foot de la région car malgré qu'il n'y ai aucune explication sur cette pathologie, ça se rattache forcement au foot. Comme pour moi, ça a commencé à partir de l'entraînement où tout s'es vite enchaîné. Il faut prévenir les risques. On voit beaucoup de joueurs faire un arrêt sur le terrain et récemment un joueur camerounais y a laissé sa vie à 27 ans.
Comme tous les sports, le foot est une vraie passion, mais parfois on voit malheureusement trop nombreux sont les joueurs qui ne tiennent pas compte de ces avertissement. C'est une vrai passion mais vaut elle vraiment la peine d'y risquer notre vie ou de l'y laisser?
Je pensais ne pas pouvoir vivre sans foot, mais avec le recul je me dis que mon père a vraiment bien fait de me demander de ne pas aller sur le terrain.
Je regrette qu'il ai du aller jusqu'à m'y supplier mais il sait que rien d'autre pouvait me faire changer d’avis.

Si Lucille a décidé d’en parler, c'est pour que les jeunes et moins jeunes se rendent compte à quel point tout peux aller très vite, peut être même trop vite parfois.Il ne faut pas prendre ces avertissements à la légère. Dans toute cette histoire, Lucille était cette personne qui pensait que ce n'était « rien » puis il aura fallu que tout s'arrête pour en tirer les leçons. Je parle déjà de cela a des personnes qui aborde le sujet avec moi, elle se bat pour que les mentalités changent, pour ceux qui pensent que rien ne peut arriver sous leur toit.

Mon œil de fin et mon petit mot à Lucille:
Une fois de plus, j’ai été complètement bouleversé par cette histoire, j’aimerais t’apporter tout mon soutien et toute mon admiration. Sache que je vais continuer à te suivre et j’espère que tu auras le plus beau des coeurs dans peu de temps. Aussi j’aimerais témoigner mon admiration à ta famille mais aussi à ton petit ami, car nombreux sont ceux qui à son âge aurait choisi la fuite. Il faut beaucoup de courage pour affronter cette épreuve mais je sais et je sens que tu as la force mentale d'une grande joueuse. Ca sera le plus grand match de ta vie, mais je sais que tu le gagneras !


Sabrina Perquis

Par Sabrina Perquis

A propos de moi...
Comédienne/Réalisatrice AnimatriceRadio/ChroniqueuseTV Bloggeuse Santé Bien-être Sabrina Perquis est née le 12 mars 1981 en banlieue sud de Paris. Depuis toute petite Sabrina est attirée par le monde de la comédie et de la beauté. Dès l’âge de 3 ans, elle participe à de nombreuses émissions TV, Presses, Radio...
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